A la tombée de la nuit

Il était une fois...

21 novembre 2009

Un demi-coeur

Je fus sortie de mon sommeil par un gémissement, un sanglot étouffé, un bruit inquiétant. Oreille en pointe et odorat à l’affût, je suis sortie de chez moi et mes sens m’ont amenés à la colline moussue où j’aime me reposer et m’apaiser.

Il était là tout recroquevillé, il ne m’avait pas entendu arriver, il était là et j’ignorais si la mousse allait pouvoir contenir et absorber toutes ses larmes, tant il y en avait.

Alors tout doucement je me suis approché et avec ma langue, j’ai essuyé sa joue, ma truffe est venue l’embrasser dans son cou et rapidement il est sorti de sa position fœtale.

Il m’a dit « ah c’est toi louve ? Je t’ai réveillé, excuse moi, je vais m’en aller ».

J’ai haussé les épaules et je lui ai dis que je m’étais réveillée toute seule par le tintamarre des écureuils. Pour l’histoire, un jeune couple d’écureuils venait de s’installer près de chez moi et comme tout jeune couple, ils avaient tendance à s’aimer très fort, voir souvent et jamais trop, donc mon petit mensonge devait facilement passer.

Je n’avais pas prévu que cela renforcerait la douleur de mon ami Pierrot. Celui-ci eu un sourire doux, puis triste pour ensuite se remettre à pleurer.

« Qu’est-ce qui se passe mon ami, partage ta peine, elle sera moins lourde à porter ».

« C’est Colombine, elle est partie, on s’est encore chamaillé, elle a fait sa valise, je crois que c’est définitif ».

Les vas et viens de Colombine étaient réguliers comme les larmes dessinées sur son visage, mais là le maquillage avait tout coulé et malgré une lune magnifique, je voyais mal mon ami s’inspirer pour écrire un magnifique poème d’amour avec sa plume fétiche.

Parce que là, vous comprenez, son cœur était crevé et il y avait trop de rustines dessus, son amour était épuisé, fatigué et surtout mourant.

Et puis soudain son visage s’est grimacé et j’ai vu une colère s’animer dans ses yeux et il s’est mit à dire qu’il en avait assez, que ce n’était plus possible, pour enfin dire « elle n’est pas ma moitié, et puis ça veut rien dire moitié ! »

Soudain un vieux chêne, qui avait tout entendu, a rugit « ça veut dire quelque chose moitié ! C’était il y a bien longtemps quand il et elle ne faisaient qu’un ! »

Cela nous fit sursauter, Pierrot et moi nous nous sommes regardés surpris et de concert nous nous sommes assis pour écouter le vieil arbre qui reprit :

« Il y a bien longtemps, l’être avait quatre pattes, deux têtes et un cœur et c’était ainsi que mère nature l’avait créé. Et puis sont arrivés les 7 pêchés, une espèce de grippe qui a contaminé pas mal d’êtres au point que ceux-ci furent amenés à se désunir et à se séparer, chacun partant avec deux jambes, une tête et la moitié d’un cœur. Mère nature rattrapa le coup en créant le féminin et le masculin mais concernant le cœur, elle ne pouvait rien faire sauf espérer que chaque moitié, un jour ou une nuit se retrouveraient. Alors ne dis pas que ça ne veut rien dire moitié ! » Puis dans un bruissement de feuilles, se figea d’un coup pour reprendre sa mobilité apparente.

On s’est retrouvé un peu stupides Pierrot et moi, puis cassant le silence il me dit « je vais me coucher, demain est un autre jour, je laisse le sablier me dire si Colombine est ma moitié ou non »

Je lui souhaitais une bonne fin de nuit et puis je rajoutais « ne laisse pas non plus le temps empiéter sur ton temps, écoutes ton cœur je crois que c’est là le plus important » et je rentrais chez moi.

demi

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21 août 2009

Hymne mortel

Est-ce parce qu’un méchant docteur a déclaré que je serais aveugle sur mes derniers jours que mes autres perceptions se sont éveillées à ces mots, au point de me fier plus à mon instinct et à mes sens ?

Je ne serais vous dire mais cela explique peut être cette mémoire visuelle, ces bruits que j’entends de loin, ces odeurs que j’identifie rapidement et ce besoin de toucher, de goûter qui parfois me polluent l’existence et d’autres fois m’apportent un bonheur insoutenable.

Ce jour là, je ne sus si ce fut un don ou une malédiction de les avoir.

Ce fut d’abord un gémissement qui m’a stoppé, j’ai tendu les oreilles, quelqu’un pleurait. C’était un chagrin énorme comme un grondement de tonnerre, une immense cascade où les larmes roulent et s’écrasent sur les joues sans relâche, où le corps cherche sa respiration et que la voix perd son timbre naturel pour partir dans les méandres de l’hystérie ou les profondeurs de la dépression.

J’ai levé le museau, humé l’air, une odeur saline est venue chatouiller les narines, cela venait de la mer. Peut être un naufragé, une enfant perdue, un être esseulé, quelqu’un qui ne croyait plus, alors j’ai accélérée le rythme, traversé au pas de course la forêt, les dunes, les champs pour arriver sur la grande plage.

Sa peau scintillait comme le sable au soleil, elle se hissait sur un rocher, s’agrippait à la mousse pour ne pas tomber et par de grands mouvements de queue continuait de grimper.

Je n’ai pas cherché à réfléchir, malgré sa douleur, malgré ma course, malgré ses tristes cris, malgré mon cœur en déroute, j’ai bondis vers elle et je l’ai renvoyé dans cet élément où elle pouvait respirer, plongeant avec elle dans les vagues salées.

Elle était épuisée d’avoir tant pleuré, elle avait maigrit depuis la dernière fois que je l’avais rencontré et des cernes de fatigue marquaient son visage.

Elle était exténuée mais ses écailles reprenaient de leur couleur et j’osais un soupir de soulagement quand elle se mit doucement à pleurer.

Je m’approchais d’elle et lui lécha le visage, la prit contre moi et me mit à fredonner doucement, tout doucement, des mots simples et réconfortants.

Sa respiration restait saccadée, elle venait de s’asphyxier, elle venait de tenter mettre fin à sa vie, pauvre petite sirène, qu’est-ce qui lui avait pris ?

Elle n’a pas voulu converser, mais je suis restée avec elle en lui caressant la main pour lui faire comprendre que j’étais là, du bout des doigts, elle pouvait compter sur moi.

Le soleil commençait à mettre son pyjama rouge pour aller se coucher et d’une petite voix elle a commencé à parler.

Elle m’expliquait que ses journées étaient longues et fastidieuses et que c’est la nuit qu’elle était la plus heureuse, là où elle pouvait s’allonger, se coucher, se reposer et surtout rêver, là où elle se sentait vraiment libre de nager. Elle étouffait par ses fonctions, elle perdait un peu la raison, entre ce qu’elle devait faire et ce qu’elle voulait faire, entre ce qu’il fallait faire et ne jamais faire. Elle culpabilisait de faire sombrer les bateaux par ses chants mais ne pouvait se passer de chanter. Et puis elle avait des idées loufoques aussi comme le désir d’avoir des jambes.

Elle avait opté pour une curieuse décision, celle de dormir. Oh pas à l’aide de ces algues apaisantes, non, là, elle avait choisit de sommeiller pour l’éternité, en se donnant la mort, par asphyxie, en apnée. Elle pensait pouvoir ainsi rêver à jamais….

J’avais oublié que les sirènes sont éternelles et qu’à un moment donné elles ne voient plus la beauté éphémère du temps qui passe.

J’avais oublié qu’elles ignorent ce que c’est que de profiter de chaque instant avant de ne plus avoir le temps.

Ce jour là, j’ignore encore si c’est une bonne chose ou non de ne pas lui avoir permis de dormir pour l’éternité.

Hymne_mortel

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02 août 2009

"On" dit que les follets ne sont pas de bons conseillers

J’étais entrain de réparer la porte de ma grange quand j’entendis quelqu’un arriver. Je me retournais et vis Dalphée qui arrivait à grand pas entourée par deux follets.

Ses grandes oreilles volaient dans tous les sens car elle n’arrivait pas à en placer une devant ces deux flammèches qui s’amusaient gaiement à la tourmenter.

Je l’aimais bien Dalphée, petite lapine que j’avais vu naître et qui, selon les potins de la forêt, était amoureuse de Siphérin. Le beau et jeune Siphérin, couleur caramel qui faisait tourner bien des têtes dans sa communauté.

Dalphée s’installa au bord du ru et coucha ses grandes oreilles pour ne pas entendre les deux comparses jouant l’angelot et le diablotin.

- tu as vu qu’il a offert une marguerite à Adelaine ?

- parce qu’il voulait s’excuser de l’avoir fait tomber !

- n’empêche que tout le monde ne parle que de ça !

- oui mais c’est avec toi qu’il veut danser !

- pourtant on dit qu’il se moque de toi à l’école !

- non, il a ri quand il t’as vu rougir quand il t’as regardé !

- Pourtant il ne t’a pas défendu quand ton frère t’a grondé !

- c’était une affaire de famille il n’avait pas à s’en mêler !

- et puis Maderise raconte à tout le monde qu’il l’a embrassé !

- elle aime faire son intéressante, c’est toi qui aura son premier baiser !

- n’empêche que tu les as bien vu hier en cachette se promener, non ?

- ils cherchaient de la bruyère pour leur exposé !

- ce qui veut dire qu’ils ont passé des heures ensemble, peut être même dans sa chambre…

- connaissant la mère de Maderise, c’est plutôt dans la salle à manger qu’ils ont travaillé !

- N’empêche que Maderise n’a pas aimé le coup de la marguerite !

- Elle est jalouse de tout, on le sait bien !

- Oui, mais Taxile a dit qu’Edicius lui a dit que Maderise a dit à Adelaine qu’elle était la promise de Siphérin et a jeté sa fleur par terre !

- C’est peut être vrai, mais Cédorie a dit que Vigias l’a dit à Siphérin qui est allé voir Maderise pour la sermonner et a offert une nouvelle fleur à Adelaine

- Preuve qu’il aime Adelaine, deux fleurs dans la journée !

- C’était pour rattraper la marguerite jetée !

- Par une rose rouge ?

Dalphée se mit à hurler « mais taisez vous ! taisez vous ! vous me rendez folle tous les deux ! ». Les deux follets se mirent à rire et se firent un clin d’œil de connivence, prêt à recommencer leur manège.

Dalphée me vit et me dit « louve, je t’en prie, aide moi ! »

« Avec plaisir pitchoune ! » et sur ces mots, j’envoyais un grand baquet d’eau sur les deux follets qui sur le coup redevinrent deux mècherons et partirent en courant tout honteux.

« Merci » me dit Dalphée.

« Je n’ai encore rien fait pour t’aider, mais voici mon aide : n’écoutes pas les « on » et si tu as besoin d’une réponse à une question, va voir directement l’intéressé ».

Et c’est ainsi que Dalphée reçut son premier baiser au grand bal des lapins le samedi suivant…

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21 juillet 2009

Louve sans collier

Dans les autres pays, certains comptent leur richesse non pas en sourires et en baisers mais en rondelles de fer qui a une valeur (parait-il). Ca leur permet d'obtenir pleins de choses qu'ils ne distribuent pas avec plaisir mais qu'ils gardent pour eux jalousement.

Soit.

Un énergumène ainsi a demandé qu'on lui construise une maison, je veux dire une seconde maison et il n'y va guère souvent. Chaque fois il vient avec ses gens qui ont le droit d'ouvrir les fenêtres, aérer les pièces, secouer les draps et surtout nettoyer les jardins car Dame Nature a tendance à prendre ses aises, ce qui est tout à fait naturelle puisqu'elle est chez elle !
Bref, alors que j'observais des petites fourmis entrain de travailler je fus dérangée par un tintamarre de l'autre côté du lac ou plutôt par un bruit animal que je ne connaissais pas. Je décidai de me rendre à l'endroit du délit car les oiseaux s'étaient tus, pour constater que j'allais en direction de la « maison guère habitée ».

Arrivée sur place je vis une curieuse bestiole, qui aurait pu presque me ressembler, même taille, quatre pattes, un museau et des crocs acérés. Elle braillait contre des lapins qui au bord du chemin venaient la narguer, enfin pas longtemps parce que dès que je pointais le museau ils détalèrent ne me montrant que leur petit bout de queue, et encore !

Je m'approchais vers ce « cousin » et humais son odeur. C'était une femelle comme moi, donc je me dirigeais vers cette cousine.
Ce parent à mon approche se mit ventre à terre, oreilles baissées et je lui demandais de se relever, nous sommes tous à égalité ! Ma curiosité (féminine me diriez vous) me poussa à lui demander ce qu'elle était et comment elle vivait.

Elle se décrivit comme une merveilleuse chienne, fidèle et obéissante en tout point à son maître qui pour son plus grand plaisir l'emmène tous le soir se promener et qui lui dit quand et où elle doit se soulager. Je restais dubitative et elle continua à me parler de l'amour de ce maître pour elle, de son écuelle quotidienne et parfois de ses caresses et il arrive même, quand elle en exprime le besoin par un coup de tête qu'il accepte de lui gratter le derrière des oreilles..

Waaa…. moi ça m'a fait peur.

C'est pour le coup que j'eus envie d'hurler, cet être n'avait plus de personnalité par un conditionnement, devais-je intervenir pour non assistance à être en danger ?

Je serrais les dents mais mon regard du trahir mes pensées et cerise sur le gâteau, elle voulu encore plus s'enfoncer, je veux dire se justifier en me montrant un magnifique collier reliée à une corde où elle était attachée.
Ce fut dur pour moi de lui demander si elle était heureuse, elle me répondit toute guillerette qu'elle était une merveilleuse petite chienne à son maître. Alors je lui souhaitais bonne chance mais lui donna toutefois mon adresse au cas où, puis je jetai un oeil au balcon, un homme était là, il nous regardait depuis un certain temps.

« C'est lui ton maître ? »
« Oui, c'est lui, il est merveilleux, c'est un grand poète, il s'appelle Jean de la Fontaine ».

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29 juin 2009

La tour du gué

L'heure d'été existe aussi dans mes contrées et même si parfois je m'amuse à allonger ou raccourcir le sablier en donnant un coup de patte sur le balancier, en ce moment il fait encore clair le soir.
Le jour présent, un vent doux me caressant, cela me donne des envies de courir, de m'enivrer d'odeur de terre, d'herbe, de sentir mes joues devenir feu et sentir pétiller mes yeux. Alors je laisse le soins aux petits lutins de veiller sur ma portée et tout doucement je sors de la tanière sur la pointe des pieds.
C'est ainsi qu'un soir mes pas m'ont amenés en des contrées lointaines, à la frontière de ce pays où je suis louve et reine.
Dans la mousse près des rochers je me suis allongée (parce que j’étais quand même un peu essoufflée – oui, je sais il faut que j’arrête de fumer) et tranquillement j'ai admiré le paysage rouge flamboyant dans le soleil couchant. J'ai vu à l'horizon les plages et la mer, j'ai entendu les mouettes aller et venir, je les ai même surveillé de près, histoire qu'elles ne me fassent pas dessus et puis, soudain, elle m'est apparue.
Elle se fondait dans le paysage, c'est pour cela que je ne l'avais pas perçue, mais c'est son odeur à lui et par le bruit de son pas que mes yeux se sont tournés et que je l’ai vu.

La tour du gué.

Il montait le grand escalier, un petit sac à son côté.

La tour du gué.
Ensuite, il était là, debout, abrité. Il était là parce qu'on lui avait ordonné, de surveiller, d'alerter voir même de tuer. Il était là pour passer toute la nuit à veiller.
Elle était fière et droite, en bois et en pierres à défier rien du tout, même une araignée en était venue à bout en tissant sa toile dessus.
Il était là et il regardait mon territoire, il était là mais ne me voyait pas dans le noir, il était là et il ne servait rien parce qu'il n'aurait jamais mon sang sur ses mains.
Que faisait cette tour du gué ici ?

Il était là et je trouvais que c'était du gâchis, que cet homme serait beaucoup mieux avec ses tout petits à les faire sauter sur ses genoux et les faire rire, leur raconter une belle histoire pour les endormir.
De belles histoires sur la différence, sur le respect et sur la chance de la diversité de notre monde. De jolis contes sur le fait que si, chaque papa, le soir, au coin du lit, expliquait à l'enfant que l'important c'est d'aimer, alors il n'existerait pas de tour du gué.

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17 juin 2009

L'utilité du chat

Tout le monde le sait, chez moi vit un chat. Tout le monde le sait également, je déteste les chats. Je dis souvent qu'il est en période d'essai à durée indéterminée et parfois j’ai le regret qu'il n'ait jamais sorti les griffes devant mes petits, il serait en chair à pâté pour louve à l'heure où je vous parle. Mais en fait, ce soir, je vais vous dire la vérité du pourquoi de sa présence et surtout pourquoi il est encore vivant.
J'ignore si vous êtes déjà passé sur ce petit pont en bois, près du lavoir, mais celui-ci a une étrange histoire que je vais vous conter.
Cela se passait bien avant ma naissance, la forêt devait être un peu plus grande à l’époque où l’on brûlait celles qui voyaient les fées et les licornes. Il y avait déjà le moulin qui tournait ses grandes hélices et chaque jour, le meunier prenait le chemin forestier pour aller vendre sa farine à la grande ville.

C'était un courageux notre homme mais un jour son âne mourut et en temps de disette il n'avait pas les moyens d'en racheter un. D'autant que si il aurait pu, on lui aurait volé pour le manger, alors il préféra s'abstenir.
Après avoir embrassé sa femme et ses enfants, il prenait ses sacs de farines sous le bras et partait pour deux ou trois jours. Parfois même il mettait un sac sur sa tête !
Mais l'homme n'était plus tout jeune et le poids des sacs se faisait lourd. Un après-midi, de retour de la ville, il s'arrêta près de la rivière pour se reposer quand vint à sa rencontre un étrange gentilhomme.
Ce dernier parlait élégamment, compatis sur sa tâche et lui proposa de lui construire un pont pour le lendemain ce qui lui éviterait bien de la route à faire. Le meunier vit l'opportunité de ne plus dormir à la ville ou à couvert du chemin à l’abris des bandits, avoir moins de route et surtout rentrer à son moulin chaque soir. Il lui demanda son prix et l'homme lui répondit « l'âme du premier être qui franchira ce pont ». Le meunier acquiesça, tapa dans la main glacée de l’autre et rentra chez lui un peu perturbé.
Le lendemain quand il reprit sa route quotidienne il vit un magnifique pont en bois solide à l'endroit où l'homme avait promis. Il se dirigea vers lui et au moment de poser le pied dessus, ouvrit un de ses sacs et un chat s'en échappa.

Sitôt franchit le pont, le chat disparu.
Vous avez compris maintenant pourquoi j'ai un chat chez moi ? Ce n'est pas pour faire plaisir à mon compagnon, ni pour amuser la meute, non ! C'est au cas où un énergumène viendrait à me proposer ce genre de contrat, les histoires d'antan servent aussi à cela.

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08 juin 2009

La vie est une richesse

Ce matin là, je me suis levée tôt, j’ai regardé le soleil se hisser et puis je suis allée dans les bois composer un magnifique bouquet. Ensuite je suis allée me peigner soigneusement et avec mes fleurs je me suis rendue au delà des forêts en direction des plaines et des montagnes.

Je suis arrivée en avance et devant sa maisonnette, le vieux lutin Parmédas attendait sur son banc ses invités. Il a tapoté sa pipe contre le banc en pierre et m’a invité à entrer pour boire un café.

Son séjour était bien nettoyé, l’argenterie brillait et je fus même surprise de voir que la porte blindée de son bureau était ouverte me laissant entrapercevoir plusieurs monticules de pièces d’or et bijoux en tout genre.

Je l’ai regardé d’un œil interrogateur pour lui faire comprendre que ce n’était pas dans ses habitudes d’exposer ainsi ses possessions mais il ne perçut pas mes signaux et arriva avec un plateau où se trouvait deux tasses de thé.

Puis il me dit « ça tombe bien louve que tu sois arrivé si tôt, j’ai besoin d’un avis de femelle, peux-tu me rejoindre dans la pièce d’à côté ? ».

Cela ne me posait aucuns problèmes et nous nous rendîmes dans le salon où se trouvait une magnifique robe suspendue à une armoire rustique. Elle était de couleur parme avec des reflets étoilés, j’analysais tout de suite qu’elle était de conception pixies et que son prix est conséquent.

Parmédas me dit qu’elle l’avait fait faire il y a bien longtemps mais ne l’avait jamais porté, attendant une grande occasion. Il me regarda et me dit « je pense qu’aujourd’hui c’est le cas, non ? »

J’acquiesçais sans un mot et le bruit de l'approche des autres invités nous fit revenir rapidement à l’entrée de la maisonnée.

Ils sont venus nombreux, tous avec de jolis bouquets et bien âpretés, Parmédas joua le maître de maison en accueillant chacun et proposant des collations.

La journée fut ensuite consacrée à Vézina, l’épouse de Parmédas, une douce journée pleine de joie et de larmes, puis vint le moment pour moi de partir rejoindre mon bois, ma tanière, mes petits.

Parmédas me raccompagna un bout de chemin pour me faire remarquer que j’ai laissé mes fleurs sur la table de la salle à manger. Je lui réponds alors que ces fleurs sont pour lui, que fleurs et cadeaux, sont comme les sourires, ils doivent être offert aux vivants.

Une larme roula alors lentement sur sa joue et d’une petite voix il me dit « je donnerai toutes mes possessions pour la voir dans cette robe entrain de retourner le potager ou faire la vaisselle, pourquoi as-t-il fallu que ce soit le jour de son enterrement qu’elle la porte ! »

J’avais bien des réponses, des pensées, des avis mais je ne sus que dire « je ne sais pas Parmédas, je ne sais pas… ».

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25 mai 2009

Terre, eau et marécage

Habiter un pays fantastique c’est merveilleux mais cela inclus également des endroits sombres et funestes, des zones où l’on déconseille aux petits enfants d’aller se promener, limite à les menacer de la fessée.

Evidemment nos adolescents veulent se prouver qu’ils ne craignent rien, ou montrer à leur belle ou leur copain qu’ils sont capables d’aller sur ces terribles terrains… et pourtant…

Cela arrive quelque fois, malheureusement, que j’entends un cri et inéluctablement je soupire tandis qu’un frisson glacé parcours mon échine. Alors un peu usée, j’ouvre la porte et je regarde tendrement mes amours, mes trois petits avant de sortir.

Parce que, pour se rendre à cet endroit, il faut se préparer et ce n’est ni un manteau, ni de bonnes chaussures ou encore un bonnet qu’il faut porter, mais l’amour reçu et donné.

Toutefois, reconnaissons le, j’ai un peu la trouille.

Ce n’est pas la traversée des ronces qui me fait peur, j’ai l’habitude de me cogner et de me griffer un peu partout et je cicatrise assez rapidement.

Ni le silence lourd et pesant parce que dans ces moments là je chante dans ma tête ou parle avec un être invisible pour avoir la sensation d’entendre une voix et surtout de ne pas être seule.

Encore moins l’odeur putride des marais où se cachent parfois des sables mouvants aux mauvaises pensées. A force d’y aller, je sais où mettre les pattes même si les marécages aiment se déplacer selon le temps, les saisons ou ses besoin pour s’alimenter.

Je redoute une seule chose en fait, c’est le temps que je vais mettre pour ramener ce pauvre être. Parce que parfois la personne est tellement déprimée, qu’il faut de l’écoute, de l’attention, de la douceur pour la récupérer. Et puis il n y a jamais de recette ou potion miracle, chaque entité est différente, il faut donc s’adapter sur place.

Parfois il faut de la douceur et des câlins, d’autres fois il suffit simplement de tendre la main, et puis il arrive aussi qu’on doit se mette en colère et qu’on se demande si il ne faudrait pas mettre un bon coup de pied au derrière.

La plus belle chose que je puisse donner, c’est mon temps et je l’offre avec plaisir. Ce n’est pas du temps gâché de donner, d’aider et de montrer derrière les arbres que le soleil continue de briller, non, ce n’est pas cela qu’il faut comprendre.

Parce que, rappelez vous l’élément important, ce n’est pas le temps, mais l’amour que j’ai pris en partant. Car lorsque l’on rentre dans ces contrées sauvages, il y a des petits moustiques qui détectent votre présence, et comme ils sont en général assez lâches (c’est leur nature, pardonnez leur) ils appellent les camarades à la rescousse.

Et donc durant le trajet et le temps pour l’écoute, les moustiques vous piquent, vous absorbent, vous pompent mais vous injecte aussi de la fatigue, de l’amertume, du regret, de la couardise et au fur et à mesure cela devient dur de résister, d’autant que celui que vous voulez aider et lui aussi par ces venins contaminé depuis plus longtemps que vous.

J’ai même plongé un jour dans l’eau putride avec celui que je tentais de relever, une chance, un bûcheron s’était égaré et avec une branche a réussi à nous extraire et nous ramener sur la berge.

Enfin tout cela pour dire que si on vous dit qu’un être cher à votre cœur est en danger, armez vous de patience, d’amour et de tendresse pour avoir l’espoir de le voir sourire de nouveau.

marais
 

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14 mai 2009

La ravie

J’ignore comment elle se prénomme, ici, quand on la croise ou que l’on parle d’elle, on dit « la ravie ». Ca fait un peu gentil, un peu naïf, un peu aussi « pas fini » mais cela lui va si bien.

Autrefois elle se promenait pieds nus ayant oublié de mettre ses sabots, ou encore avec deux chaussettes différentes mais ça n’avait pas l’air de la déranger. On pouvait la croiser en contemplation devant un arbre à regarder le vent et le soleil jouer avec les feuilles ou s’attarder devant la construction d’un essaim d’abeilles.

Elle avait toujours ses grands yeux ouverts ou parfois une larme de joie venait couler sur sa joue mais surtout elle avait ce sourire, ce sourire si doux.

Elle parlait peu, voir pas du tout mais qu’est-ce qu’elle discutait dans sa tête ! c’était un vrai petit monde là dedans où elle rangeait dans des tiroirs des souvenirs, des odeurs, des remarques, des images mais aussi ses secrets.

Si elle devait visualiser sa tête, c’était une immense bibliothèque aux armoires impressionnantes avec des escaliers dans tous les sens.

Assez bordélique, je l’avoue mais elle savait où se trouvait chaque chose, dans une malle, un placard, un compartiment ou un casier, trié par date, depuis qu’elle était née.

Elle aimait être présente à chaque lever et coucher du soleil mais quelque soit le temps, qu’il neige ou qu’il vente, elle était heureuse et c’est quand il pleuvait qu’on la voyait radieuse sauter dans les flaques d’eau.

Et puis un jour elle s’est immobilisée, son sourire lentement s’est figé, ses cils ont arrêté de cligner. Sa peau laiteuse est devenue encore plus blanche et peu à peu elle s’est transformée en marbre ou en bronze, ça dépend du temps en fait. Les habitants de la forêt ont craint pour sa santé.

Pourtant son cœur continuait de battre, on entendait « tam tam» mais elle ne bougeait plus.

La mousse est venue s’installer entre ses doigts de pied, un lierre sur son bras à commencer à grimper et on l’a vue au fur et à mesure se modifier en statue.

Mais parfois celle-ci change d’endroit, on la croise au détours d’un arbre, quelques jours après près de la rivière ou encore au milieu du potager de la tanière. Est-ce un farfadet, les fourmis ou la ravie qui fait cela ? on ne sait pas.

Alors si un jour vous la croisez en pleine forêt, ne la dérangez pas s’il vous plaît, elle est en pleine contemplation et comme une personne qui rêve, il ne faut pas la troubler car son sourire je souhaite qu’elle garde… pour l’éternité.

ravie

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06 mai 2009

La vie ne tient parfois qu'à un fil

A l’arrière des champs de maïs, au plus profond du pays, après avoir traversé les bois et les dunes des farfadets, il y a un petit castel où réside un couple particulier. Je dis particulier parce qu’on pourrait penser que cet homme et cette femme ne peuvent vivre ensemble et pourtant il suffit de le voir la regarder, de la voir lui sourire pour comprendre qu’il s’aiment et que rien ne peut les désunir.

Elle se prénomme Providence, elle doit avoir, je crois, 1 753 ans, elle a un don pour le chant et la danse, de grands yeux bleus clairs et des cheveux blonds blancs. On la voit souvent assise sur la balançoire, à tresser ses cheveux et sourire aux cieux tandis que les lapins courent dans son jardin.

Lui est plutôt renfermé, on le reconnaît à son pas sur le gravier, le vent devient glacial au contact de son grand manteau, il fait froid à le voir et pourtant il est si beau. Ce n’est pas évident pour lui de s’appeler La Mort, il n’ a pas choisi, il est né ainsi et parfois il lève les yeux et dit « je dois y aller », la Fée Providence se met alors à pleurer.

Il sait que l’on ne l’aime pas, qu’on le maudit, il n’a rien demandé mais c’est ainsi et dans un visage impassible il sort du château, monte sur son cheval et part au grand galop.

Il sait ce qu’il va chercher, son âge, son identité, mais parfois sa fossette trahit ses pensées et c’est ce signe que la Belle en pleurant doucement recherche.

Alors quand elle le voit partir à contre-cœur effectuer son labeur, elle prend sa boule de cristal et appelle sa mère, prétextant prendre des nouvelles, demander un conseil, une recette de cuisine, une adresse de tissus et de dentelle.

Oh j’ai omis de vous dire le plus important, enfin ça l’est dans cette histoire, forcement ! Sa maman a une petite société avec ses deux sœurs, on les appelle les fileuses et elles gagnent bien leur beurre. La première travaille la matière première, la seconde file la laine, quand à la dernière, la mère de notre fée, elle prend son ciseau et clac !

Chaque fil représentant une vie, un oiseau, un humain, un lutin, un moustique et quand une maman est appelée par sa fille, sa priorité n’est pas son travail, mais son tout petit.

Vous voyez où je veux en venir ? Elle l’aime son aimé et pour ne pas qu’il soit triste à son retour, pour qu’il la prenne dans ses bras et lui dise qu’il l’aime, la douce et belle enfant s’arrange à sa manière pour que son prénom soit parfois une fonction.

Cela fait partie des couples invraisemblables de l’amour, mais qui dans mes contrées existent, et ce pour toujours.

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Posté par Multi sourires à 21:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]



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